L'accessibilité numérique : comprendre avant de corriger

On aborde souvent l'accessibilité numérique par le mauvais bout : la liste de critères. C'est utile pour auditer, désastreux pour comprendre. Tant qu'on n'a pas vu une personne aveugle parcourir un site au lecteur d'écran, ou une personne tétraplégique naviguer uniquement à la tabulation, les critères restent une contrainte abstraite qu'on applique sans conviction.

L'accessibilité numérique, c'est la capacité d'un service en ligne à être utilisé par tout le monde, y compris par les personnes en situation de handicap — visuel, auditif, moteur, cognitif — et y compris dans les situations où chacun devient temporairement empêché.

Comment navigue-t-on avec un handicap

Au lecteur d'écran

Le lecteur d'écran restitue la page en parole de synthèse ou en braille. Il ne voit pas la mise en page : il lit l'arbre du document. Ses utilisateurs ne lisent pratiquement jamais une page de bout en bout — ils naviguent de titre en titre, de lien en lien, de région en région. D'où l'importance capitale de la hiérarchie des titres et des intitulés de liens.

Au clavier seul

Une personne avec un handicap moteur, ou utilisant une commande oculaire ou un contacteur, atteint chaque élément par la touche de tabulation. Trois conditions suffisent à rendre le site utilisable : tout ce qui est actionnable doit être atteignable, la position du focus doit être visible en permanence, et il ne doit exister aucun piège dont on ne peut plus sortir.

Avec une déficience visuelle partielle

Zoom à 200 ou 400 %, inversion des couleurs, contraste renforcé, agrandisseur d'écran. Un site qui casse sa mise en page au zoom, ou qui impose des textes gris clair sur blanc, devient inutilisable bien avant la cécité.

Avec un trouble cognitif

Dyslexie, troubles de l'attention, déficience intellectuelle, mais aussi fatigue ou stress. Ce qui aide : des phrases courtes, un vocabulaire simple, une structure prévisible, l'absence d'animation non maîtrisable, et des messages d'erreur qui disent quoi faire plutôt que ce qui ne va pas.

Les situations de handicap temporaires

Un bras dans le plâtre, un écran en plein soleil, un environnement bruyant qui empêche d'écouter une vidéo, une connexion dégradée qui bloque le chargement des scripts, une souris hors d'usage. Les dispositions prises pour les handicaps permanents servent tout le monde, à un moment ou un autre.

Les quatre principes fondateurs

Les quatre principes des WCAG, repris par le RGAA
PrincipeCe qu'il exige
PerceptibleL'information doit pouvoir être perçue par au moins un sens disponible : alternative textuelle, sous-titres, contraste suffisant.
UtilisableL'interface doit pouvoir être manipulée : accès au clavier, temps suffisant, pas de contenu provoquant des crises.
CompréhensibleLe contenu et le fonctionnement doivent être clairs : langue déclarée, comportement prévisible, aide à la saisie.
RobusteLe contenu doit rester interprétable par les technologies d'assistance, présentes et futures : code valide, rôles corrects.

Les pratiques qui changent le plus de choses

  1. Une hiérarchie de titres sans saut de niveau, qui décrit réellement le plan du document.
  2. Une alternative textuelle utile sur les images porteuses d'information, et un attribut vide sur les images décoratives.
  3. Des intitulés de liens explicites, compréhensibles sortis de leur phrase.
  4. Un contraste suffisant : 4,5:1 pour le texte courant, 3:1 pour le texte large et les composants d'interface.
  5. Un focus toujours visible, jamais supprimé sans remplacement.
  6. Des étiquettes de formulaires associées à leur champ, et des erreurs qui expliquent la correction attendue.
  7. Des régions déclarées — en-tête, navigation, contenu principal, pied de page.
  8. Un contenu lisible sans JavaScript, ou dont l'absence est gérée proprement.
  9. Des vidéos sous-titrées et transcrites.
  10. Une information jamais portée par la couleur seule.

Les mythes qui coûtent cher

« Ça va abîmer le design »

Le RGAA ne dicte ni la typographie, ni la grille, ni l'identité visuelle. Il fixe des seuils de contraste et impose un focus visible. Tout le reste est un problème de méthode, pas d'esthétique.

« Ça concerne peu de gens »

Cette page elle-même n'a d'intérêt que si vous acceptez l'inverse. Au-delà des personnes en situation de handicap reconnu, le vieillissement de la population, les troubles dys et les situations temporaires élargissent considérablement le public concerné.

« Une surcouche suffit »

Non. Voir notre position sur les surcouches.

« C'est un sujet de développeurs »

C'est le plus coûteux des quatre. Une part importante des non-conformités se crée à la publication du contenu et en phase de maquette — pas dans le code.

Accessibilité, référencement et moteurs de réponse

Un lecteur d'écran et un robot d'indexation font le même travail : reconstruire le sens d'une page à partir de sa structure, sans le secours de la mise en forme. Les signaux dont ils ont besoin sont identiques — un plan de titres cohérent, des alternatives renseignées, des libellés explicites, un contenu présent dans le document.

Cela vaut plus encore pour les moteurs de réponse fondés sur des modèles de langage, qui doivent extraire des unités de sens autonomes. Un titre qui annonce ce qui suit, un paragraphe qui se tient seul, un tableau dont les en-têtes sont déclarés : c'est exactement ce que le RGAA impose.

La limite honnête

L'accessibilité n'est pas un facteur de classement. Le bénéfice est indirect : une structure explicite est plus facile à comprendre, à indexer et à citer. C'est déjà beaucoup — ce n'est pas une promesse de positions.

Comprendre les usages

Les pratiques, une par une

Le lien avec la visibilité

Faire auditer mon site Former mes équipes